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Alliés (2016) – 7.75/10



Alliés

Réalisé par Robert Zemeckis

Avec Brad Pitt, Marion Cotillard, Jared Harris
Pays:   Royaume-Uni,   États-Unis
Genres : Action, Guerre, Drame, Romance, Thriller
Durée : 2 h 01 min
Année de production : 2016
7.75/10

Alliés, thriller romantique sur fond de Seconde Guerre mondiale, réalisé par Robert Zemeckis, est une œuvre aussi sincère qu’émouvante. L’alliance de Brad Pitt avec notre Marion Cotillard nationale va dévoiler un couple attachant alors qu’ils n’étaient là que pour comploter contre les Allemands!

Jouer avec les sentiments s’avère dangereux surtout quand on s’accorde à son complice. Les liens s’entremêlent, le couple fictif va alors s’engager sentimentalement au cinéma. Mais la comparaison bâtarde avec M. & Mrs Smith, qui a vu naitre le couple Pitt/Jolie, va faire de ce film un échec commercial, accessoirement durant la rupture ambiguë de ces derniers. Approché par une promotion minimaliste, ni les têtes d’affiche, ni le réalisateur arriveront à contrer cet injuste échec.

Bien entendu le film n’est pas exempt de défauts. Loin de là. Son romantisme exacerbé, les « haters » de Marion Cotillard qui ne cherche qu’à entrevoir un mauvais jeu d’acteur dans chacune de ses interventions ou Brad Pitt dans un rôle « soft » un peu fade, enfin loin d’être le plus marquant de ses personnages. Marquons aussi les nombreuses scènes pompées sur d’autres œuvres, comme la scène emblématique de la fusillade la réception nazie nous rappelant Inglorious Basterds ou la scène d’amour revisitée du film Le Patient Anglais à bord d’une voiture coincée dans une tempête de sable. Mais l’intérêt que suscite ce couple et l’approche dramatique de cette guerre fait que nous sommes continuellement attachés à eux, surtout si vous avez envie d’animer votre côté fleur bleue!

Afin d’accentuer le réalisme du film, Zemeckis met en scène son film de façon chronologique. Ainsi le développement de ses personnages flaire bon la sincérité face à un couple qui apprend à se connaitre au fur et à mesure de l’intrigue. L’alliance et l’amour que se portent les deux acteurs principaux fonctionnent. Robert Zemeckis est réputé pour être un génie sur le plan technique mais il est tout aussi bon pour développer la psychologie des personnages. Deux qualités essentielles pour un récit de cette envergure. Composée par Alan Silvestri, la bande originale accentuera la beauté du récit. Ainsi, même si le film n’a rien d’original, on arrive à s’attacher aux personnages, à qui la guerre a apporté autant d’amour que de suspicion!

Un film dramatique simpliste, falsificateur et pourtant prenant. Brad Pitt & Marion Cotillard s’accorderont parfaitement dans un film d’espionnage effroyable.

Tu ne tueras point (2016) – 7.5/10



Tu ne tueras point

Réalisé par Mel Gibson

Avec Andrew Garfield, Sam Worthington, Vince Vaughn
Pays:   Australie,   États-Unis
Genres : Drame, Histoire, Guerre
Durée : 2 h 11 min
Année de production : 2016
7.5/10

Après quelques frasques à Hollywood, Mel Gibson revient à la réalisation avec Tu ne tueras point, le film de la rédemption pour le cinéaste!

Ce biopic héroïque commence de façon très mielleuse, parfois désuète avec une histoire d’amour qui semble bien fade et idéaliste. Une introduction qui laisse entrevoir les obsessions christiques de Mel Gibson mais pas nécessairement la noirceur du terrain dans lequel il va se confronter.

Desmond Doss joliment joué par Andrew Garfield, ira de son pouvoir de persuasion pour sauver son prochain, pleinement convaincu par ses valeurs et principes, incomprises par certain. Tout comme ce héros en herbe, le spectateur va rapidement se retrouver dans l’enfer du Pacifique. Soudain et violent, l’idéaliste pacifiste va vite se confronter à l’ultra-violence de la guerre. Ca envoie du lourd, c’est saignant à point, nous rappelant le débarquement du chef-d’œuvre de Steven Spielberg.

Si le réalisateur nous invite à adopter le point de vue d’un homme qui décide, envers et contre tous, de rester fidèle à ses principes, il n’oubliera pas de montrer les morbides combats d’une guerre sans merci, sans foncièrement prendre parti pour un des deux camps. Mel Gibson ne se censurera pas en dévoilant des images marquantes tout aussi esthétiques que glaçantes. La photographie rend grâce aux images. Nous sommes pleinement ancrées dans les tranchées à tenter de vouloir se protéger des balles qui fusent!

Andrew Garfield ira de son œil larmoyant titiller l’émotion du spectateur. L’héroïsme de l’homme fait bascule avec la noirceur de la guerre. Les scènes au bord du ravin sont captivantes. Les cordées « de la survie » sont spectaculaires étant la seule issue possible pour les soldats. Le contraste est brutal, comment des hommes peuvent se faire exploser la gueule pendant que d’autres essayent de sauver son prochain? Tout est une question de conviction, profondément marqué par la foi du réalisateur. Un film tout aussi contrasté qu’émouvant, il n’en fallait pas moins pour oublier la taciturne introduction.

Un film coup de poing entre conviction pacifiste et sombre violence d’une lacérante guerre. Une déflagration d’images poignantes, terrifiantes et fascinantes adoucies par la foi d’un homme qui tente de conserver ses valeurs christiques. Amen!

Ilsa, la louve des SS (1975) – 4/10



Ilsa, la louve des SS

Réalisé par Don Edmonds

Avec Dyanne Thorne, Gregory Knoph, Tony Mumolo
Pays:   Allemagne,   États-Unis
Genres : Thriller, Horreur, Guerre
Durée : 1 h 36 min
Année de production : 1975
4/10

Afficher l'image d'origineDéviation Hitlérienne de la sexploitation, la naziploitation est un style cinématographique né après la seconde guerre. Il est difficile de déterminer exactement l’intérêt suscité par ces films, mis à part l’appétit secret de certains pour la torture, le bondage, le sexe ou dans le pire des cas le viol. Peut-être la curiosité devant le genre, qui permet aussi de voir un cinéma autre tel qu’a pu proposer Pier Paolo Pasolini ou Russ Meyer, chacun dans leur style. Ilsa, la louve des SS est l’œuvre qui portera ce genre restreint à son point culminant et même si le succès n’est pas significatif, il en deviendra une référence et inspirera d’autres réalisateurs.

Faire un film qui se passe dans un camp nazi dédié aux expériences médicales est issu d’un acte déraisonnable, à laquelle le réalisateur se soumet volontairement. Dès les premières minutes, on pense aux expérimentations médicales nazies durant la Seconde Guerre mondiale pratiquées en vertu de l’idéologie nazie par des médecins SS sur des déportés dans les camps de concentration et des instituts scientifiques. Ilsa se réattribue ainsi le message des serviteurs fanatiques en torturant ses hôtes. Ici, pas de greffes étranges ou d’expérimentations chirurgicales, juste des sévices cruels qui pousse à connaitre les limites de l’humain dans des conditions extrêmes (froid, sous pression etc…). Ilsa, la louve des SS est une œuvre « cradingue », qui ressurgit dans des versions d’une qualité dépassant jamais celle de la bonne vieille VHS, qui permet aussi de remettre le film dans son époque. Bizarrement même si les cris ne cessent ou que le sang se déverse le long des cuisses des demoiselles, le film ne cherche pas à être d’une extrême violence. Beaucoup de scènes sont suggérées et c’est plus le contexte de l’intrigue qui dérange que les images, surtout quand on sait qu’elle possède un fond de vérité.

Essentiellement composé de femmes, le casting n’est pas bien convaincant si ce n’est pour brailler sous la torture. Quelques figurantes passent le cap de notre approbation visuelle, si vous voyez où je veux en venir mais seule Dyanne Thorne sortira son épingle du jeu. Sa plastique plantureuse et autoritaire, et oui quand on a du volume on impose plus facilement les règles du jeu, dévoile un personnage « presque » intéressant. Ses pulsions sexuelles excessives l’engageront dans un rôle qui lui collera bien trop à la peau, surtout quand cette dernière deviendra l’égérie de la saga.

En effet, avec ses multiples défauts, les producteurs de « Ilsa-minima » oseront se lancer dans de multiples suites, avec le même personnage principal. Idée saugrenue, quand on sait qu’Ilsa se fait dégommer le cerveau à la fin du film. Elle semble connaitre les secrets de la résurrection sans justification pour redevenir la matonne sadique aux gros seins pour cette fois-ci s’attaquer au Moyen-Orient, puis aux goulags pour finir dans une république fasciste d’Amérique centrale. Elle est méchante, pas hideuse mais je resterai sur l’opus le plus connu chez les SS. Mon initiation à la naziploitation était instructive mais on s’arrêtera là, surtout au vu de sa portée historique quasi inexistante. Ce n’est pas avec Ilsa qu’on brille en société!

Ilsa, pourtant bien équipée, aura la suffisance de faire connaitre le genre de la naziploitation mais n’aura pas l’audace de devenir une œuvre reconnue pour cause d’une qualité trop médiocre. A la mémoire de notre vieille VHS, merci pour tes dévia..orientations Solodzo!

13 hours (2016) – 7.5/10



13 Hours

Réalisé par Michael Bay

Avec Pablo Schreiber, John Krasinski, David Denman
Pays:   États-Unis
Genres : Drame, Action, Thriller, Guerre
Durée : 2 h 24 min
Année de production : 2016
7.5/10

Le , 11 ans après les attentats du 11 septembre 2001, le chaos règne en maître et la représentation américaine constitue une cible de choix. Des terroristes attaquent la mission diplomatique des États-Unis et une base de la CIA à Benghazi, en Libye. Une histoire vraie qui entretient le chaos qui s’abat sur notre pays en ces temps moroses. Triste monde avec ces hommes qui se tuent pour des conflits d’intérêts et religieux!

Afficher l'image d'origineMichael Bay, l’heureux réalisateur bourrin d’Hollywood, le roi du patriotisme pop-corn, prend le projet à cœur et réalise un film réaliste et cruel. La première partie est un peu brouillon, à juste titre on ne sait pas trop ce qui se passe en Libye et surtout les enjeux, et on a du mal à percevoir l’orientation des menaces. Immersif, comme les soldats sur place, nous ne savons pas où aller  pour exécuter la mission, tout en essayant de se préserver. Au terme d’une installation patiente, c’est une véritable guerre interne qui se déploie, entre civils, milices, armées et terroristes. Un terrible bordel qui rend la menace encore plus grande, au risque de blesser un civil ou de se faire tirer dessus par un soldat isolé. Michael Bay montre toute l’ambiguïté de la situation, les limites de l’obéissance, la pugnacité et les hésitations de l’armée américaine à prendre position pour sauver des vies par rapport aux remous qui sont provoqués. Le choix Cornélien de savoir si l’immersion de l’armée n’est pas un catalyseur de confusion. On évitera toute extrapolation dangereuse autour du film qui épouse le point de vue d’une personne, voire celui d’un parti, ici républicain.

Très informatif sur le déroulement des batailles entre les forces armées américaines et l’état islamique, on est dans l’action, très graphiques, avec des scènes parfois insoutenables (oh un bras qui pend!). Au cœur de la CIA, on est happé par toute la violence qui nous plonge totalement dans le film. Choisir des acteurs peu connus est aussi un choix judicieux qui permet au spectateur de nous plonger pleinement dans cette guerre, sans reconnaitre un visage héroïque connu. Il est même difficile de s’identifier à un personnage tellement le groupe est uni sans que l’individualité ne s’impose. La tension et l’action montent crescendos avec l’assaut de l’antenne de la CIA avec les barbus de l’armée US qui se livrent à d’excellentes interprétations, sous l’orchestration d’Hans Zimmer qui encore une fois régale nos oreilles.

La conclusion nous laisse dans le vif, l’armée se retire, on ne sait pas si on doit crier victoire! C’est même trop soudain, on ne comprend pas pourquoi les mortiers cessent de voler. Pourtant pendant près de deux heures, le réalisateur fait tout exploser mais la fin nous laisse sceptiques. Des civils libyens jonchent le sol, l’armée a perdu quelques agents de la CIA, l’ambassadeur est mort, l’État Islamique s’impose, le futur nous le connaissons et ce n’est pas bien glorieux. Et que sera demain?

Un film d’action graphiquement détonant, qui met en branle les conflits géopolitiques en Lybie, dans une guerre pure jus de notre temps, nous rappelant sans la surpasser, la petite pépite de l’époque de Ridley Scott, La Chute du faucon noir.

Land of Mine (2016) – 8.25/10



ecranjunior

Land of Mine

Réalisé par Martin Zandvliet

Avec Roland Møller, Mikkel Boe Følsgaard, Laura Bro
Pays:   Allemagne,   Danemark
Genres : Drame, Guerre, Histoire
Durée : 1 h 50 min
Année de production : 2015
8.25/10

Afficher l'image d'origineBooM! Aimeriez-vous vous faire surprendre? Méconnu des livres d’histoire, lors de la Seconde Guerre mondiale, les hommes tombés au combat vont alors laisser derrière eux des champs de mines sur les territoires ennemis. Dès lors où sonne la fin de la guerre, les jeunes Allemands, prisonniers d’après-guerre, réquisitionnés par les Alliés vont devoir désamorcer près de deux millions de mines qui somnolent sous terre en attentent d’être déminées ou d’exploser. Un sombre chapitre de l’Histoire du Danemark dont la haine viscérale de l’envahisseur va être confronter au regard philanthropique de l’homme.

C’est d’abord sans compassion aucune que le Sergent Carl Rasmussen envoie quatorze garçons sur les plages danoises où un seul faux-pas peut être fatal. On le sait et on l’attend, l’explosion peut être soudaine. Dès les premiers entrainements, le réalisateur joue avec nos nerfs. Chaque soldat va désamorcer une mine sous notre regard impuissant. Sous tension, nous écoutons les grains de sable s’enrailler dans le filetage du bouchon hexagonal qui va permettre d’atteindre la tête de persécution. Tout en gardant son sang-froid, en maniant autant la délicatesse que la rapidité, nous attendons le moment où le détonateur est isolé, pour se pencher sur une prochaine mine! Et là où la mise en scène est judicieuse c’est que lorsqu’une mine explose, même si on s’y attend, on sursaute!

La relation entre le sergent et les jeunes adolescents va rapidement prendre de l’ampleur pour devenir le centre du film. La tonalité est extrêmement juste. Entre l’acharnement et l’attendrissement, il faudra du temps pour que les intentions basculent. La haine contre l’ennemi qui a tué pendant des années est compréhensible. Derrière ces regards se cachent des jeunes garçons parfois innocents, envoyés par leur nation, pour combattre l’ennemi. Au-delà du défi technique, on se pose consentement la question sur cette façon archaïque de déminer les charges. On aurait pu penser faire rouler des bidons sur la plage, faire traverser des véhicules poussant à l’avant une charge pour déclencher les bombes. Mais, c’est à plat ventre que ce déminage se transformera finalement en véritable vengeance.

La mise en scène est sobre confortée par une splendide photographie rendant les magnifiques paysages de sable blanc éclatants, avec de jolis plans aériens, sans oublier toute la terreur enfouie en dessous. Si les déflagrations surprenantes ont des conséquences sanguinolentes, elles sont nécessaires pour comprendre cette guerre, qui fut fatale pour beaucoup d’hommes. Outre un sans-faute sur la photographie, le scénario révèle des personnages inspirés. Si la totalité des jeunes sont remarquables dans leur rôle, on est encore plus impressionné par l’interprétation du sergent Rasmussen joué avec étincelant Roland Møller. Froid, menaçant mais humain, il est révèle un film qui offre un message de paix et d’empathie envers les ennemis d’hier et soulève la question de la transformation de la haine en empathie dans un monde qui n’est que chaos et destruction. De quoi nous laisser songeur quand on sait que l’œuvre a été reporté en Belgique pour cause d’attentat.

Ode à l’humanité, Land of Mine surprend par ses détonations mais aussi par ses émotions. L’ennemi est avant tout un homme et quand il est jeune et insouciant, difficile de ne pas s’attacher. Le film réussit le pari d’exorciser cette sombre page de l’après-guerre, avec un sentiment d’apaisement face à la leçon de vie que le réalisateur nous enseigne. Une œuvre explosive et cruelle, aussi pédagogique qu’intense.

Fury (2014) – 8/10



Fury

Réalisé par David Ayer

Avec Brad Pitt, Shia LaBeouf, Logan Lerman
Pays:   Royaume-Uni,   États-Unis,   Chine
Genres : Guerre, Drame, Action
Durée : 2 h 14 min
Année de production : 2014
8/10

Fury s’inscrit dans la longue lignée des films de guerre réussis. Sur cette fin de seconde Guerre Mondiale, l’Allemagne hitlérienne recule, mais n’abdique pas. Avec une narration classique, le réalisateur David Ayer, nourri et inspiré par d’autres films de guerre, va nous offrir une vision tout autre des attaques perpétrées par les Alliés. Ici, c’est sous l’angle du canon des chars d’assaut que l’on vit viscéralement ce combat.

Le film brille par son réalisme saisissant, son intensité prenante et par sa violence choquante, très graphique. Si on ne découvre pas de grandes nouveautés autour du combat, ni de l’histoire, on apprécie toute la technicité et les stratégies dont font preuve les tankistes. L’ambiance fait parfois penser à Stalingrad, là où J.J. Annaud cachait ses snipers, ici ce sont les chars qui vont se faire la peau. Être discret avec de tels engins semble absurde et pourtant les tirs fusent sans savoir d’où ils partent. Plus on avance dans la contrée, plus le malaise s’installe avec la peur de prendre une balle ou un obus dans la gueule. Avec un certain classicisme et une magnifique photographie, le film reprend aussi certains stéréotypes dont celui de l’enfant soldat qui n’a pas les épaules pour vivre une telle expérience ou du chef protecteur qui préservera les civils allemand(e)s, oubliant parfois l’atrocité véritable de la guerre avec ses viols et ses morts.

http://img15.hostingpics.net/pics/565641fury.pngFury joue énormément sur son casting. Shia LaBeouf s’en sort très bien avec un rôle en toute sobriété. Jon Bernthal jouera de nouveau le bad boy difficilement maitrisable qui lui colle un peu trop à la peau. Et Brad Pitt, reprend son rôle d’Inglorious Bastard en version beau gosse, sauveur et bon penseur. Ici, ce n’est pas Brad Pitt qui va à la guerre, mais la guerre qui vient à Brad Pitt, le temps pour ce dernier d’exhiber sa nouvelle coupe de cheveux et son joli minois. Même s’il doit de nouveau « descendre » du nazi, il le fera en conservant un minimum de morale, même si toujours répréhensible en temps de guerre.

Si les attaques frontales sont captivantes et éclatantes, tout n’est pas crédible, surtout dans l’attaque finale avec une horde d’Allemands nazis, à la virilité guerrière bien pauvre, qui attaque un tank à coup de mitraillette et quelques grenades – ou inversement d’un tank à la merci d’une multitude de soldats. Fallait pas donner cher de leur peau et on flaire assez rapidement la destinée des deux camps! Mais on ne boudera pas notre plaisir de voir des images parfois chocs d’un moment de notre histoire aussi intense que cruelle. Fucking War!

Sous les traits d’une réalisation classique, David Ayer soigne son film de guerre en maniant aussi bien sa caméra que Brad Pitt son tank. Même si l’intrigue de Fury n’est pas bien innovante, la photographie rend certaines scènes épiques avec une tête d’affiche distinguée et un rythme haletant.

Invincible (2015) – 8/10



Invincible

Réalisé par Angelina Jolie

Avec Jack O'Connell, Domhnall Gleeson, Garrett Hedlund
Pays:   États-Unis
Genres : Drame, Guerre
Durée : 2 h 17 min
Année de production : 2014
8/10

Afficher l'image d'origineAdapté du livre Invincible: une histoire de survie et de rédemption de Laura Hillenbrand, le projet se concrétise enfin alors qu’il avait déjà été envisagé dans les années 50 avec Tony Curtis. C’est autour de la vie de l’athlète Louis Zamperini, que sa voisine Angélina Jolie montrera son intérêt à vouloir mettre en images l’héroïsme, l’humanité et la foi de l’homme durant la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup, comme son compagnon Russell Allen Phillips, n’ont pas eu la même reconnaissance, parce qu’inconnu avant la guerre. Angelina Jolie ne manquera pas de souligner le courage de ces héros de guerre, en ayant pour caution une « histoire vraie », une garantie pour que ce drame ne laisse personne indifférent.

Après avoir déjà côtoyé les camps de concentration à Sarajevo (Au pays du sang et du miel), cette seconde réalisation d’Angelina Jolie, passant par une réécriture des frères Coen, va être contée avec une solide mise en scène autour de ce légendaire rescapé de guerre. La narration mêle par le biais de flash-back sa vie de famille abordant ses débuts d’athlète (ndlr: il n’arrivera que 8ème aux 5000 m des J.O de Berlin) et sa vie de militaire engagé. On appréciera le petit caméo (méconnu) de Clay Zamperini, le petit-fils de Louis, dans le rôle d’un porteur de la flamme olympique.

Dès les premières minutes, on est harnaché aux gouvernes des avions B24 face aux Zero fighters ennemis. Avec une magnifique photographie de Roger Deakins, la guerre ne semble pas si terrible. L’attaque et les bombardements ne font pas encore apparaitre les blessures qu’endurera Zamperini. Même si la narration a tout d’un film classique, l’authenticité va se poursuivre par une longue épreuve de survie dans un canot de sauvetage qui va durer près de 47 jours. Fort heureusement, le film ne se résumera pas qu’à cet exercice de survie qui aurait pu ressembler à certains « survivals » qui ont déjà eux leur succès au cinéma. De plus, Finn Wittrock Born qui accompagne Louis Zamperini n’est pas toujours juste dans sa prestation d’homme qui effleure la mort à chaque instant. Près d’une heure de film plus tard, l’ombre d’un vaisseau marin s’abat sur les visages des survivants. Si l’espoir fait surface, il ne sera que de courte durée.

L’emprisonnement dans un camp de détention par les troupes Japonaises va être un véritable calvaire pour nos prisonniers Américains. Encore plus quand on a passé un mois et demi à la dérive dans l’océan. On a eu par le passé beaucoup d’images des camps de concentration allemands parce qu’ils étaient aussi odieux que limitrophes à notre pays; du coté du Soleil levant c’est beaucoup plus trouble même si on sait que les conditions humaines sont effroyables. Si Angelina Jolie occulte parfois la violence physique de ce qui se cachait là-bas, elle n’exclura pas les violences psychologiques. Jack O’Connel, amaigri, apporte véritablement de la sincérité dans la soumission de son personnage. Son rôle est inversé face à l’inquiétant tortionnaire qu’il était dans Eden Lake. Son regard en dit parfois plus que ses « silencieuses » répliques. La relation avec le geôlier sadique est ambiguë et va vite se transformer en rapport de force, mettant l’endurance du détenu à sang. Le visage du bourreau n’exprimera très peu le fanatisme autour des sévices infligés à son martyr, même si on sent qu’il y a de la reconnaissance face à un homme devenu Invincible par sa force de caractère, l’élément essentiel qui a fait de cet athlète, un homme d’honneur – et vice-versa.

Un biopic touchant, parfois dur mais authentique. Avec sa réalisation académique, certaines longueurs sont comblées par le désarroi qui touche autant notre héros mortifié que le spectateur subjugué par la cruauté de l’homme en temps de guerre.

Imitation game (2015) – 7.75/10



Imitation Game

Réalisé par Morten Tyldum

Avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode
Pays:   Royaume-Uni
Genres : Histoire, Drame, Thriller, Guerre
Durée : 1 h 54 min
Année de production : 2014
7.75/10

Afficher l'image d'origineInscrit sur la Black List en 2011 comme étant le scénario inadapté qui donne le plus envie d’être produit, c’est en 2013 que l’équipe du film s’affaire au personnage de Turing et sa mythique machine Enigma. Exactement l’année où la reine Elizabeth réhabilitait, à titre posthume, l’implication de cet homme pour son rôle essentiel et indispensable durant la guerre. Les chemins, entre cinéma et réalité, se croisent afin de développer un film autour d’une histoire vraie qui n’allait certainement pas passer inaperçue.

Même si les scénaristes prendront quelques libertés par rapport à la réalité, le scénario apporte pas mal d’informations sur ce volet de notre histoire, jusque là peu connue et qui a le mérite d’être conté ici solennellement. Si Hitler a fait couler beaucoup d’encre, de sa dictature à sa mort présumée souvent remise en question, l’histoire de Turing n’a jusque là pas fait autant d’émule. Et pourtant c’est autour de ce véritable héros de guerre que le réalisateur Morten Tyldum y consacrera près de deux heures de films. Avec un rythme lent, la composition orchestrale d’Alexandre Desplat et la photographie chaude autour d’un sujet glacial se combinent favorablement.

Un biopic réussi mais qui se s’écartera jamais du classicisme de ce genre de film. Entre tristesse, compassion et mérite, le courageux Turing, va réussir, avec toute la passion qui l’anime à défier les Allemands et leur fameuse machine de communication. Brillamment interprété par Benedict Cumberbatch, l’acteur livrera toutes les émotions d’un homme avec ses faiblesses et ses doutes. Liée à sa partenaire de travail jouée par Keira Knightley, le couple inassorti n’apporte pas grand chose à l’intrigue si ce n’est de conserver la réalité du sujet. Keira Knightley, creuse comme à sa grande habitude n’apporte aucune force à son personnage. Même Mark Strong qui se payera une coupe de cheveux aura plus de puissance qu’elle, en proposant un protagoniste ambigu sans savoir si il est de confiance.

Deux sujets tabous gravitent autour d’un unique homme et deviendront l’essence même d’un scénario habile et fort. Le premier sera le décryptage de la machine allemande Enigma, même si ça manque un peu de technique,  on appréciera d’y découvrir les origines de l‘intelligence artificielle qui stabiliseront la Seconde Guerre mondiale. Un travail retranscrit sobrement même si tout n’est pas à l’origine de cet homme. Le second sujet sera plus incisif, même s’il ne concerne que la vie de Tuning. En effet, à l’époque les tendances homosexuelles étaient interdites.  Sa castration chimique sur sa fin de vie (selon certaines rumeurs la raison d’un présumé suicide) est aussi dramatique que l’étouffement d’un travail remarquable, aujourd’hui reconnu d’utilité publique. Une non-reconnaissance absurde autour d’une sexualité dévoyée totalement illusoire de nos jours!

Un biopic d’utilité publique dans lequel on en ressort obligatoirement grandi. Imitation Game décrypte un volet de notre histoire par une démonstration habile des mathématiques pour devenir l’outil le plus profitable pour vaincre Hitler!

Nota: On remerciera au passage le créateur Turing, à l’origine de nos ordinateurs, sans qui vous ne pourriez pas me lire.

American Sniper (2015) – 8/10



American Sniper

Réalisé par Clint Eastwood

Avec Bradley Cooper, Kyle Gallner, Cole Konis
Pays:   États-Unis
Genres : Guerre, Action
Durée : 2 h 12 min
Année de production : 2014
8/10

Afficher l'image d'origineLes plus grands réalisateurs ont fait leur film de guerre. Entre Spielberg, Kubrick, Coppola, Mendès, Tarantino, Stone, et même Annaud, chacun a donné de sa personnalité en créant un film de guerre persuasif. Eastwood avait déjà approché le thème avec le diptyque Iwo Jima et brillera de plus belle avec le tyrannique American Sniper.

Au cœur d’une guerre de proximité, nous suivons l’histoire vraie de Chris Kyle, ce bouseux Texan qui végétait jusqu’à ce que sa fibre patriotique ne se réveille, ce soldat réputé ayant le nombre de victimes le plus élevé à son actif. Avec près de 225 personnes abattues, 160 tirs létaux seront officiellement confirmés par le Pentagone. Tireur hors pair de la Navy Seal, il deviendra le prisme à travers lequel Clint Eastwood fait le choix de montrer la guerre en Irak. Interprété par Bradley Cooper, on sent immanquablement que l’homme est totalement habité par son métier. Avec un sang froid le rendant insensible et totalement inhumain, il va abattre ses victimes au nom de la nation. Saisissant sur le plan de l’émotion et de l’effroi, Bradley Cooper, signe une interprétation éloquente qu’il sublimera par un regard vide répondant à l’état d’esprit de ce soldat en proie à ses démons. Catalogué à la comédie US, ce ne fût pourtant pas simple pour Cooper d’être convaincant sur la première partie du film.

Mettre en images un soldat qui sera la fierté d’un pays n’a pas pour autant l’objectif de faire l’apologie de la guerre. Eastwood raconte les horreurs d’un combat quotidien avec un réalisme qui nous émeut, qui nous dégoute, un sujet d’actualité qui nous touche plus encore aujourd’hui alors que notre propre pays est en deuil (15/11/15). Quasiment en immersion complète dans les combats, on vit totalement les affrontements. Et quand il est question d’abattre un ennemi qu’il soit homme, femme ou enfant, on s’interroge sur la légitimité de détruire une vie, qui cherche elle aussi à combattre son propre ennemi. Eastwood sait habilement retranscrire les dangers imminents d’une guerre sans merci, même campé derrière la lunette de son snip’. On est dans le chagrin à force d’observer impuissant ce père de famille renversé par les bombes et « enquiquiné » par des barbares à qui on a déformé la religion pour leur soustraire toute forme d’humanité. La scène de la perceuse sera l’apogée de cette bestialité brutale.

Par contre, c’est quoi cette fin rapidement expédiée qui gâche le plaisir imposé jusque là par Eastwood! Pourquoi l’expédiée d’un revers de main avec une simple explication titrée? Surtout qu’elle aurait été pleine de sens à être mise en images. Même hors zone de guerre, elle est la conséquence des dégâts post-traumatiques profonds d’un combat impropre à l’homme et démontre tout le dysfonctionnement qui en découle d’un retour à la vie réelle. Dommage de finir ainsi, surtout quand Papy Clint, du haut de ses 85 ans avait assuré aux frontières d’un monde craintif qui mêle lutte armée et inhumanité.

Avant tout un biopic, plus qu’un patriotisme estampillé ou une propagande déguisée, c’est dans une guerre à la violence physique et psychologique, avec un système qui fabrique autant qu’il ne détruit ses soldats, qu’Eastwood s’affaire. Un film choc, une œuvre troublante, du très grand art sublimé par la patte inspirée d’un monument du cinéma.

Venir au monde (2012) – 8.25/10



Venir au monde
Réalisé par Sergio Castellitto

Avec Penélope Cruz, Emile Hirsch, Adnan Haskovic
Pays :  Espagne,   Croatie,   Italie
Genres : Drame, Romance, Guerre
Durée : 2 h 07 min
Année de production : 2012
8.25/10

La sensation d’être heureux ou malheureux dépend rarement de notre état dans l’absolu, mais de notre perception de la situation, de notre capacité à nous satisfaire de ce que nous avons [Dalaï Lama].

Venir au monde est un film difficile et touchant. Le bonheur grandissant d’un jeune couple va vite prendre un tournant malheureux lorsque Gemma, interprétée par Pénélope Cruz, va apprendre qu’elle est stérile. La situation est dramatique. D’ailleurs la scène où elle s’en rend compte est juste magnifiquement tragique. Jamais Pénélope n’a été aussi touchante, mais beaucoup de gens adoucissent ce malheur en essayant de trouver d’autres solutions. Gemma proposera à Diego de coucher avec une autre femme, d’avoir un enfant autrement, de le quitter, mais le but ultime de prendre une décision aussi difficile soit-elle, est de préserver le bonheur de l’autre. Cette obsession nuira immanquablement à leur amour, entre jalousie et manque de confiance. Et, si la situation nous touche c’est parce que dès le départ, le réalisateur se concentre sur les deux tourteaux en nous montrant une histoire idyllique, l’histoire d’une vie qu’on ne peut oublier, interprétée par deux remarquables acteurs complices. Il oscille entre le passé et le présent et amène petit à petit le spectateur à découvrir une dure réalité au même rythme que Gemma.

Sur fond de guerre à Sarajevo, la romance se complique. Mais Gemma le découvrira bien longtemps plus tard. Vieillie avec un maquillage sobre et réussi, on nous montre une Pénélope plus mature, moins pétillante, aigri d’un amour inachevé. C’est dans cette quête sur son passé que les souvenirs referont surface et que les révélations feront mal. Gemma cherche à se souvenir de son grand amour et même si elle a refait sa vie, on sent qu’elle a du mal à s’en détacher. Le sacrifice est partagé, Diego prendra des décisions douloureuses qu’elle comprendra certainement plus tard et que nous digérons difficilement tellement on est touché par la situation et les horreurs qui gravite autour. Son fils qu’elle tentera d’apprivoiser rapidement, là encore filmé avec magnificence, reste l’élément clé entre sa vie plein d’amour pour Diego et celle qu’elle tentera de se construire en Italie. Tel Incendies, le film nous met une claque, des vérités qu’on a du mal à être accepter et encore moins à partager. Tout ceci fait réfléchir sur la nature l’homme, sur l’amour, le bonheur, face à une réalité qui peut faire mal.

Un duo d’acteurs convaincant, un film touchant, une réalisation sobre. Un véritable uppercut qui vous ébranle et qui continue à vous faire aimer le cinéma.