Annette (2021)

Annette

Réalisé par Leos Carax

Avec Adam Driver, Marion Cotillard, Simon Helberg
Pays:  Belgique,   France,   Allemagne,   Japon,   Mexique,   Suisse,   États-Unis
Genres : Drame, Romance, Musique
Durée : 2 h 20 min
Année de production : 2021
7/10

Festival de Cannes – L'année du grand renouveau sur la Croisette | 24 heuresSur une idée et un scénario des Sparks, Leos Carax met en scène un opéra rock original et mélodramatique qui fait oublier la déception de l’abscons Holy Motors, son précédent long-métrage, même si ici tout n’est pas égal sur la distance. Mais là où on attend Carax avec de l’incongru, au final Annette est une comédie musicale avec un fil conducteur globalement bien construit sans que le spectateur ne soit perdu dans les idées farfelues du réalisateur. Le scénario mêle de nombreux sujets entre amour, destruction et rédemption mais aussi la société du spectacle, la critique et la tyrannie du public.

Inventive, la mise en scène est assez exceptionnelle dévoilant un scénario habile avec une réflexion sur les monstres engendrés par la société du spectacle. En effet, Carax dévoile une lourde démonstration des travers de la société du spectacle contemporain manipulant des enfants pour faire du fric. Le choix ambigu de rendre Annette sous la forme d’une marionnette prend donc ici tout son sens. Le film alterne entre plaisir et sommation, avec quelques scènes qui s’essoufflent après quelques séquences répétitives ou plus faibles dont l’horrible scène du concert final, esthétiquement imparfaite. Pas toujours en rime et pourtant musicalement entrainant – avec un point d’honneur pour la scène d’adoration d’Annette de la part de Simon Helberg en chef d’orchestre.

Alors qu’il est difficile sur ses premiers rôles d’apprécier Adam Driver, il faut avouer que ce gars à une gueule, en plus d’être talentueux. Il est ici totalement incarné rendant les images encore plus intenses. On ne sait pas ce qui vient de l’improvisation scénique ou non, mais les mécaniques de gestes, d’attitudes et de déplacements sont variés et pas évidents. Derrière, il sera difficile de rivaliser pour Marion Cottiard, cantatrice, qui se terrera derrière son humoriste sardonique de mari. Le contraste est même un peu trop fort pour égaliser les rôles entre la vaporeuse lyrique et l’agressif et dépressif « stand-upeur »!

Annette est une enfant qui reste à mi-chemin de la création et du réel. Pour devenir un être à part entière, elle doit se libérer de ses géniteurs. Annette est un Pinocchio au féminin dont la maturité glaciale la pousse à s’émanciper du monde qui l’a créée. La scène de chant finale entre le père et sa fille est juste incroyable. L’ensemble se termine par une scène glaçante très ambiguë, (Anette s’est émancipée de son père et devient petite fille ou est-elle tuée lors de sa visite?) tentant de justifier l’injustifiable, d’amalgamer les torts du mari meurtrier et de l’épouse assassinée.

Difficile cependant de tenter le re-visionnage. Le temps nous dira si on a envie de revivre une telle expérience pour en comprendre pleinement ses moindre aspérités dont la tâche de naissance d’Henry qui grandit en même temps qu’il s’enfonce dans les ténèbres.

Tragi-comédie musicale, fable intrigante, déconcertante, un film qui divise autant par son fond que par sa forme. Même moi je sais pas si je dois aimer (rires)!

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