Heureux comme Lazzaro (2018)

Heureux comme Lazzaro

Réalisé par Alice Rohrwacher

Avec Adriano Tardiolo, Agnese Graziani, Luca Chikovani
Pays:  Allemagne,   Italie,   Suisse,   France
Genres : Drame
Durée : 2 h 10 min
Année de production : 2018
2.5/10

Tourné en 16mm, Lazzaro Felice est une œuvre difficile à appréhender. Prix du scénario (ah oui quand même!) du 71ème Festival de Cannes, beaucoup de spectateurs s’engageront à voir dans cette abyssale chimère, un conte poétique, hypothétiquement fable empreinte de spiritualité. Mais le côté fantastique de cette satire sociale dévoile au final une œuvre sans rythme et sans âme au scénario absurde et sans saveur. Par sa forme d’un autre temps, on cherche à comprendre les motivations de la réalisatrice à tourner son film en 16 mm. L’idée aurait pu être bénéfique vu que le film se passe dans deux temporalités différentes, si, et seulement si, la deuxième partie avait eu la primeur de passer en numérique, justifiant ainsi l’utilisation du super 16 sur la première partie. Au final, on se confronte à des personnages abattus et anesthésiques, dans une ruralité archaïque côtoyant l’aristocratie détestable.

La relation entre Lazzaro et Tancredi est pauvre et leur rencontre quelques années plus tard n’apporte aucune émotion. Sergi López, grossissant, pense rendre l’œuvre plus légère avec quelques totalités d’humour mais au final son personnage en fait des tonnes, nous agaçant tout autant que ses autres comparses. Le basculement dans le fantastique est très mal amené avec cette chute improbable de 50m du bord de la falaise de Lazzaro, alors qu’il subira l’acharnement de l’homme un peu plus tard avec des conséquences bien plus lourdes. Un passage dans le temps sans raison qui scinde le film dans une autre époque, tout aussi amère et poussiéreuse, avec un parachèvement peu subtil pointant la médiocrité de l’homme en regard de Saint Nature.

Si l’idée était de confronter les riches avec les pauvres, le fantastique tente de réduire cette barrière sociale en faisant un bon dans le temps sans réelle créativité. Certains y verront du poétique dans un film finalement bien long et bien chiant, qui ne se démarquera que par sa vieille pellicule en 16 mm et sa dernière scène jouée à l’orgue, dans un moment où l’on entrevoit, enfin, la fin d’un supplice (en tout cas qui n’a pas sa place dans un marathon Cannois). La réalisatrice ne moralise en rien le spectateur mais y laisse cependant entrevoir une dénonciation militante et politique sous couvert d’un personnage qui incarne parfaitement la figure de l’innocence. Un sujet qui ne parle pas à tout le monde!

Et au « bout du conte »? Que de longueurs dans ce récit aux dialogues qui jonglent entre la naïveté et sainteté, de personnages qui habitent un monde ancien, décrépitude du monde contemporain. Un conte fantastique, qui a du mal à trouver sa justification à couvrir deux époques différentes mais qui trouvera certainement sa place dans les manuels pédagogiques.

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