Homme qui rétrécit (L’) (1957)

L'Homme qui rétrécit

Réalisé par Jack Arnold

Avec Grant Williams, Randy Stuart, April Kent
Pays:   États-Unis
Genres : Drame, Science Fiction, Thriller
Durée : 1 h 20 min
Année de production : 1957
9.5/10

Après s’être frotté à la créature du lac noire, Jack Arnold réitère une petite prouesse dans le monde de la science-fiction en adaptant un roman du célèbre Richard Matheson. Pourtant tout est dans le titre, on sait immanquablement où va le film. Mais le rythme et la technique de l’époque nous transportent totalement dans une miniaturisation qui se fait de plus en plus pesante. Notre homme perdu au fin fond de sa propre maison va tenter d’échapper aux griffes de son chat, à la tentaculaire araignée ou au raz-de-marée qui fait suite à une simple fuite.

Pour que fonctionne l’illusion on sait très bien que l’acteur n’a pas rétréci. Il faudra trouver des astuces pour que la magie opère. Tout d’abord, l’habile chef décorateur a fait un remarquable travail sur les décors en agrandissant les accessoires de manière exponentielle à chaque fois que l’homme rétrécit. D’un simple canapé à la paire de ciseaux, on est émerveillé de voir ce petit homme se déplacer dans un monde de géants. Les effets ne doivent rien au numérique, la perspective qu’utilisera le réalisateur restera la clé du succès des effets. Il utilisera le principe de superposition d’image par transparence, en faisant jouer son acteur devant la projection d’une scène à grande échelle. Même si aujourd’hui notre œil, endurci au CGI en tous genre, remarque l’effet, il n’en reste pas moins un rendu fabuleux surtout pour une mise en œuvre de 1957! L’utilisation de cache sera aussi une solution pour incruster quelques éléments comme le chat qui regarde à travers la fenêtre de la petite maison. Quant aux gouttes d’eau géantes, l’illusion sera complète grâce à un remplissage d’eau dans des préservatifs, une astuce qui nous fera croire à une imposante structure moléculaire. Le réalisateur aura l’aplomb pour nous offrir des plans ultimes de toute beauté, dont celui de notre héros suspendu à un clou au dessus de l’eau*, sous la marche de la cave qui recevra l’imposant pied de son beau-frère.

Le film est assez court et jamais nous ne sommes dans l’ennui. Le montage est efficace et contribuera aussi à la réussite du métrage. Quand l’homme est installé dans sa maison dans le creux de son canapé, on croit à une rédemption magique du personnage. Mais la désillusion va vite se faire ressentir par un montage habile, lorsque sa femme va faire trembler les murs en se penchant sur la maison de poupée construite pour son mini-mari. La relation entre le mari et la femme est aussi sujette à analyse avec une infantilisation du petit homme, une castration qui ne lui permettra plus jamais de garder son rang de chef de famille. Comme quoi la taille compte aussi!

Avec son scénario inventif, l’homme qui rétrécit est empreint de peurs collectives de l’époque, avec la terreur du nucléaire, cette technologie dangereuse que l’on n’avait pas (et que l’on n’a toujours pas) maitrisée, qui sera le mal qui gangrènera notre héros! La plus grande force du film sera de rendre ce voyage sans retour avec cette irréversible fatalité. On aurait pu s’attendre à un happy end sans morale. Ici, Jack Arnold va à la simplicité en offrant une conclusion philosophique et une morale onirique forte de sens pour toute l’humanité. L’infiniment grand et l’infiniment petit se rejoignent dans un magnifique dernier plan riche de sens. De quoi nous laisser songeur face à la petitesse de notre monde!

Avec son honorable budget (980 000 $) de l’époque, l’homme qui rétrécit deviendra un classique du cinéma, influant dans le monde de l’infiniment petit de la science-fiction. Une œuvre qui a tout d’une grande!

3 commentaires sur “Homme qui rétrécit (L’) (1957)

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