Interstellar (2014)

Interstellar

Réalisé par Christopher Nolan

Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain
Pays :  États-Unis
Genres : Drame, Science Fiction
Durée : 2h50min
Année de production : 2014
8.75/10

Avec Christopher Nolan, on est sur d’avoir de quoi se mettre sous la dent pendant la séance mais aussi après. Voilà encore un magnifique film qui dans le temps méritera son statut de chef d’œuvre — ou non — mais en tout cas il en prend fortement le chemin. Après 3h de film, on en ressort chamboulé! On a juste l’impression d’être revenu d’un voyage hors du temps, hors de notre Terre, un voyage que l’on apprécie par son immersion forte à travers un monde qui nous ait encore inconnu.

Au départ, le film prend un chemin extrêmement réaliste et même si il est difficile d’appréhender la théorie de la relativité, le scénario tente toujours d’accrocher son spectateur par des explications simples et claires, en partant du principe que l’on soit un minimum renseigné sur les lois établies par Albert Einstein. Dès lors s’en suit un avancement rapide durant une trentaine d’années dans des milieux abracadabrants et fantasques, tout en gardant ce coté réaliste autour de la science si on accepte que la gravité influence l’écoulement du temps.

Le voyage dans le temps est la rupture entre la science telle que nous l’analysons et celle que nous envisageons. Que cela soit réaliste ou pure spéculation (à savoir que le trou noir est une théorie, nous n’en avons jamais vu, au risque d’être aspiré dedans), le voyage dans le passé est impossible selon Cooper et son équipe. Le temps peut se contracter, se dilater, ralentir, accélérer… mais pas reculer! Le tesseract représenté par la bibliothèque sera l’élément qui amènera différentes théories sur le sujet et remettra en question ce que Cooper n’avait pas présagé. Et c’est ce dénouement qui en devient une véritable claque, auquel, nous non plus, nous n’étions pas préparés. On sent petit à petit ce glissement qui s’affaisse sous nos pieds, tel Cooper qui rentre dans son trou noir pour y découvre et jouer avec la quatrième dimension (le temps) et la cinquième dimension (la gravité) . La scène est juste magistrale. Visuellement elle est tout ce qui n’existe pas, cette géométrie à l’infinie, face à une image lumineuse et totalement captivante. Les interprétations peuvent alors fuser. Entre approches fantomatiques, expériences autour d’une mort imminente (EMI), voyage dans le temps, chacun y fera son interprétation même si je reste du coté du voyage interstellaire, approche la plus marquée par le film. Effectivement, selon la théorie de la relativité générale, la courbure de l’espace-temps devient infini au centre du trou noir, et donc le temps se distord de manière exponentielle. C’est sur cette théorie qu’il faut accepter l’idée de se voir faire des bonds dans l’espace et dans le temps d’un point de vue par rapport à un autre.

La force du film est dans l’approche que les scénaristes ont avec la relation des personnages. Même si c’est totalement loupé entre Matthew McConaughey et son fils qui aurait pu finalement être oublié, chose qui le sera de toute façon avec l’avancement du film, il en reste pas moins une relation extrêmement forte avec sa fille, Murphy. Dès le départ de l’agriculteur-astronaute, on sent le tiraillement et le déchirement que cela provoque entre les deux personnages. C’est limite immorale et c’est la volonté de les revoir ensemble qui nous accroche et qui prime sur la mission initiale: trouver une autre Terre. L’amour joue un rôle clé dans cette épopée spatiale, il n’est pas anodin de la part de Nolan de mettre l’accent sur les sentiments humains et sur la volonté de vivre sur une Terre accueillante, même si la vision de la Terre post-apocalyptique est restreinte à un unique endroit.

Le film pioche fortement ses influences dans 2001, l’odyssée de l’espace. Ces moments de vide à voir tourner la station spatiale sans musique, sans son. Les images totalement hors du temps et cette façon de les rendre réalistes sans user de l’effet numérique en y rajoutant une photographie granuleuse. De plus, les robots Tars, Kipp et Cave nous font étrangement penser aux formes géométriques du monolithe noir de 2001. Nolan se penche sur des mondes différents tel qu’il l’a fait avec Inception en jouant avec la distorsion du temps, élément qui lui est cher et que nous admirons. Entre le monde de la neige, celui de l’océan ou celui de la bibliothèque, nous apprécions de changer d’environnement dans un unique film tout en y gardant un fil conducteur solide.

Certains raccourcis sont parfois limites. Nous n’avons aucune information sur les «êtres du bulk» qui ont mis en place le tesseract pour que Cooper puisse changer la face du monde avec l’aide de l’amour de sa fille. Un élément qui aurait pu être secret, pour n’avoir aucun élément sur les auteurs de ce changement qui de tout façon n’ont pas d’identité si ce n’est être du futur.

Cooper qui accepte une mission « secrète » sans savoir où il va avec une fusée créer par un groupe de la NASA aussi restreinte, sur une Terre qui laisse peu d’espoir technologique nous laisse perplexe.  Même si c’est fait de façon soudaine et passionnée, il y a des décisions prisent à la va-vite au sein de la station qui semble un peu poussives. Parce qu’aller sur une planète plutôt qu’une autre n’est pas une décision que l’on prend en faisant une simple supposition ou un vote. Tout comme l’idée d’aller à un point B en partant d’un point A sans se soucier des problèmes de distorsion ou de trajectoire, même si les robots sont là pour aider et que la S-F est là pour nous aider à passer quelques hérésies. Le retour sur Saturne est un peu trop facile surtout via un voyage par l’inconnu.

En termes de casting j’ai parfois du mal avec McConaughey. Ici, il nous livrera une performance exceptionnelle. Son amour pour les étoiles transpire et jamais on ne remet en cause sa décision de l’éloigner de sa famille. On le sent sincère et il provoque une émotion forte à plusieurs moments dans le film. Anne Hathaway est correct mais je ne l’ai pas senti toujours très inspiré, son personnage manque de profondeur pour fusionner avec la vie de Cooper, jamais elle ne comblera le manque qu’il aura avec sa fille. Jessica Chastain est exceptionnelle comme à son habitude. Elle jouera dignement le rôle de la fille et reprendra l’interprétation réussie de la petite Mackenzie Foy. Par contre le vieillissement de Michael Caine est totalement raté. Ce vieil homme survira aux années qui passent sans avoir subit les effets du temps si ce n’est d’avoir gagné un fauteuil roulant pour le rendre un peu plus dépendant. Par contre, celui de Murphy ne subira pas l’affront du maquillage, mais tout simplement par le changement d’actrices rendant finalement la transformation plus crédible.

Les retrouvailles entre le père et sa fille seront d’une intensité extrêmement forte, il est juste dommage de voir que le fils sera oublié, peut être enterré. A l’apogée de l’émotion, la scène sera un peu vite tronquée avec un Cooper qui sera remercié après quelques embrassades et une mère qui veux/peux vivre avec les siens en oubliant de « partager » son père. C’est dur comme décision, tout comme celle que Cooper a prise pour son départ à l’époque, même si cela n’entachera en rien ce moment solennel.

 Je suis fasciné par la dextérité qu’à Christopher Nolan et son frère à manier des histoires hors du temps. Ces explorateurs de l’extrême nous offre toujours un cinéma audacieux et réussi. Le genre de film qui provoque autant d’attente, de débats que d’interprétations. Entre onirismes et paradoxes, Interstellar vous fera vivre un voyage exceptionnel sous les partitions « orgu-asmiques » d’Hans Zimmer.

20 commentaires sur “Interstellar (2014)

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