Nouveaux sauvages (Les) (2015)

Les nouveaux sauvages

Réalisé par Damián Szifrón

Avec Ricardo Darín, Leonardo Sbaraglia, Darío Grandinetti
Pays:   Espagne,   Argentine
Genres : Comédie, Drame, Film à sketches, Thriller
Durée : 2 h 02 min
Année de production : 2014
9/10

Souvenez-vous de l’autre connard qui vous a fait un doigt d’honneur en vous doublant. Rappelez-vous de la tourmente provoquée par l’enlèvement de votre voiture par la fourrière rue Jean-Jaurès. Sans oublier le numéro de téléphone de la jolie Stéphanie qui s’affiche sur le portable de votre conjoint. La petite voix intérieure qui vous fait râler, mais qui relativise la situation afin d’éviter un gros dérapage dans votre quotidien, s’extériorisera totalement dans ce film à sketchs. A un point que vous n’imaginez même pas! Vulnérables face à une réalité imprévisible, exigeante ou injuste, les personnages de chacun des segments vont réagir à leur façon, rendant les situations encore plus bancales et destructrices.

Produit par les frères Almodóvar, la thématique autour de la vengeance prend des tournures extrêmes et jouissives. Dans les films à sketchs, la qualité des segments fluctue généralement à cause d’une réalisation collective et donc une vision différente d’un genre cinématographique. Ici, vous pouvez vous précipiter sur l’œuvre de Damián Szifrón, car tout est excellent. Le bonhomme fait preuve d’un réel investissement dans la totalité de ses segments. On est subjugué par la qualité des histoires et du rendu à l’image d’une situation simple de notre quotidien qui va vite prendre une tournure démesurée. Véritable pétage de plomb, le rire met parfois mal à l’aise et le suspens provoque une tension décapante. Le talent du réalisateur est d’arriver à nous captiver très rapidement dans des contextes à chaque fois différents, sans que le manque de lien soit une carence, nous dévoilant un tableau répréhensible du genre humain.  Sous son format court, on va à l’essentiel en introduisant efficacement chaque personnage. Seul défaut, qui peut être finalement une qualité aussi, c’est le nombre d’histoires denses à ingérer sur la durée d’un seul film. Ça mériterait (pour une fois) d’être sous le format d’une série!

Afin de mieux critiquer les segments, je me permets de les titrer à ma façon afin de retranscrire l’enthousiasme autour de chacune des œuvres.

Y a-t-il un Gabriel Pasternak dans l’avion?: En guise d’introduction, ce segment le plus court nous met rapidement dans le bain. A bord d’un A320, les passagers vont faire une terrible découverte. Les similarités avec le crash de la Germanwings de Mars dernier font froid dans le dos. En quelques minutes, on est paré pour affronter le reste du film à sketch en connaissance de cause. Décapant!  9/10

Vous reprendrez bien un peu de poison? La vengeance est un plat qui se mange froid. Jamais l’expression n’a pris autant de sens dans ce court. Rendre détestable son personnage était la méthode la plus complexe, pour que nous spectateur nous ayons aussi envie de l’étriper! Sous sa forme simple mais efficace, il est agréable de voir la réaction d’une serveuse et de sa patronne face à un odieux personnage. 8/10

Conducteur Vs Chauffard. Un road movie à l’image particulièrement bien travaillée, retraçant une querelle de bas niveau entre deux automobilistes. Le plus beau road movie que j’ai pu voir avec deux acteurs formidables, chacun dans leur rôle. La tension est à son comble lorsque les deux individus tentent de s’exterminer face à une caméra totalement confinée. On arrive même à sourire de cette folle rivalité provoquant autant la folie que le non-sens. L’image de fin est juste ultime révélant l’humour noir décriant tout cette sérénade rocambolesque! 10/10

La colère en fourrière. Rien de plus énervant que de ne pas retrouver sa voiture là où elle a été garée. En plus quand on subit une injustice y a de quoi râler. Mais si tout s’arrêter là? L’avalanche de situations ahurissantes mais toujours crédibles va provoquer un cataclysme dans la vie de notre héros. Il y a de quoi! La mise en scène au niveau d’exigence élevé fera honneur à un scénario simple mais efficace. Ricardo Darin occupera un personnage pourtant stable qui va vite déraper face à son infortune.  8.5/10

Coupable ou Responsable? Le segment le plus faible même si loin d’être mauvais. Couvrir un accident en soudoyant la justice peut avoir des répercussions fatales, surtout quand on a beaucoup à perdre. Entre commissaires, policiers, avocat, chacun va vouloir sa part du gain au risque de se faire harponner. La fin arrive un peu trop vite, on aurait souhaiter voir monter un peu plus la pression!  7/10

Mariage un jour, mariage toujours! Découvrir l’impensable durant l’ouverture du bal de son mariage peut rapidement faire écrouler le couple et dérouter les invités. Mais c’est le spectateur qui va être balloté dans cette guerre des Roses sous couvert de spectaculaires rebondissements! Personne ne sera épargné dans cet heureux événement devenu ingérable. Le duo d’acteur est sacrément complice pour se renvoyer la balle de la sorte. Un effroi admirable d’un inqualifiable mariage. Du jamais vu! 9.5/10

« Les nouveaux sauvages » est un véritable défouloir jouissif. Un des plus grands films à sketch, tous genres confondus. Facilement regardable et brillamment mis en scène, chaque segment est de qualité… sans jamais fléchir. Il est indispensable que l’œuvre fasse parler d’elle, même si son format peut dérouter les spectateurs les moins initiés.

2 commentaires sur “Nouveaux sauvages (Les) (2015)

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